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Transition socio-professionnelle et trajectoires d’infirmiers-ères provenant d'États tiers

Infirmières migrantes © Jean-Luc Alber
Infirmières migrantes

Processus de transition professionnelle et trajectoires d’infirmiers-ères provenant d'États tiers en demande de reconnaissance de leur titre en Suisse. Points de vue croisés des candidat-e-s et des acteurs institutionnels sur les « Mesures de compensation » - Projet no 100019_179295

En Suisse, comme ailleurs, les besoins en personnel de santé qualifié sont toujours plus importants et une pénurie est prévue pour ces prochaines années. Les titulaires d’un diplôme d’infirmière acquis dans un pays hors AELE/EU (« État tiers ») et résidant en Suisse constituent donc une population dont l’intégration professionnelle est encouragée. Un cursus de « Mesures de compensation » (MC) permet la reconnaissance en Suisse d’un diplôme obtenu à l’étranger et vise à soutenir le processus d’intégration professionnelle. Or, la littérature dans le domaine des transitions professionnelles des migrants montre que ce processus est marqué par des difficultés qui renvoient à la fois à l’expérience de la migration et à l’insertion professionnelle proprement dite, et que parfois les mesures censées faciliter l’intégration peuvent elles-mêmes représenter des obstacles. Aucune recherche n’examine toutefois les pratiques concrètes et les perceptions des acteurs durant cette période. Ce projet pluridisciplinaire, financé par le Fonds National de la Recherche Scientifique vise alors à étudier le temps de passage que représentent les MC pour les candidates déjà formées au métier d’infirmière dans leur pays d’origine : A quelles difficultés sont-elles confrontées ? Quelles ressources mobilisent-elles ? Quels remaniements identitaires expérimentent-elles ?

L’étude repose sur une triple approche : longitudinale, multifocale et comparative. Considérant le processus de formation dans les MC comme une transition dans le parcours professionnel et un « rite d’institution » validant l’entrée sur le marché du travail suisse, nous choisissons une approche longitudinale qui suivra la candidate de l’expertise de son dossier à la Croix-Rouge suisse (CRS) jusqu’à l’aboutissement du processus d’homologation de son diplôme étranger via l’accomplissement des MC. Une approche multifocale permettra de prendre en compte les points de vue de différents acteurs impliqués : nous supposons en effet que cette formation constitue un temps de transition où se rencontrent différentes représentations, façons de faire et de penser le métier d’infirmière et où les représentants institutionnels (expertes qui évaluent les dossiers de candidature, formateurs et maîtres de stage) et les candidates peuvent avoir des points de vue divergents sur la formation et ses enjeux professionnels, institutionnels et interpersonnels. En considérant chacun de ces points de vue, nous nous demanderons quelles sont les difficultés qui font obstacle à l’accomplissement des MC et quelles ressources chacun déploie pour y faire face. Considérant que les trajectoires des candidates, les difficultés rencontrées par les divers acteurs et les ressources qu’ils mobilisent peuvent différer selon le contexte linguistique et institutionnel, nous adopterons également une approche comparative en recueillant des données dans deux centres mandatés par la CRS pour proposer des cursus d’« actualisation professionnelle » à cette population (Espace compétences à Cully [VD] et SBK Sektion Zürich/Glarus/Schaffhausen à Schwerzenbach [ZH]). On peut en effet penser que les prescriptions fédérales ne sont pas nécessairement interprétées de la même manière par les acteurs concernés dans la mesure où elles s’appliquent dans des contextes institutionnels et professionnels différents.

L’ensemble de la démarche de recherche est compréhensif et cherche à rendre compte des pratiques et des points de vue des acteurs à différents moments de la trajectoire de formation. Elle procédera à des entretiens avec quatre catégories d’acteurs (candidates, expertes chargées de sélectionner les dossiers, formateurs et maîtres de stage) et à des observations de pratiques concrètes en situation de formation. Articulant l’anthropologie et la psychologie socioculturelle, ce projet entend d’une part apporter de nouvelles connaissances sur les enjeux identitaires des transitions socio-professionnelles en contexte de migration, d’autre part fournir aux acteurs de terrain des éléments de réponse à leurs interrogations relatives aux MC et des pistes pour améliorer le fonctionnement de ce dispositif. Il vise par ailleurs à interroger les constructions socioculturelles du métier d’infirmier-ère dans un contexte local et international en mutation.


L'équipe de recherche

Ce projet est dirigé par Jean-Luc Alber, anthropologue, professeur HES, chef de projet ; Nathalie Muller Mirza, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut de psychologie de l’Université de Lausanne et Michèle Grossen, professeure à l’Institut de psychologie de l’Université de Lausanne.

 

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