Hes-so Valais
Menu
21-06-2019

Energy Forum: Des mesures contraignantes pour une transition énergétique réussie ?

« Retour

Il s’agit de LA problématique énergétique principale de ces 40 prochaines années. Comment remplacer les agents énergétiques fossiles (mazout et gaz) et le nucléaire par des énergies renouvelables ? Et comment consommer moins ? Ou pour ne pas effrayer la population, comment consommer mieux ? Les objectifs fixés par la Stratégie énergétique 2050 de la Suisse sont ambitieux, ceux fixés par le canton pour une énergie 100% renouvelable et indigène à l’horizon 2060 le sont encore plus. Si les grandes lignes des challenges à venir sont déjà connues sur le papier – en résumé, recouvrir massivement les toits suisses de panneaux photovoltaïques, remplacer les technologies « carbonées » par des installations recourant à des agents renouvelables indigènes et améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments - la réalité ne s’en approche pour l’instant que très peu. Selon les organisateurs de l’Energy Forum qui s’est déroulée ce mardi 18 juin à la HES-SO Valais-Wallis de Sierre, trois grands obstacles doivent encore être surmonté avant d’atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050 : le financement, la quantité de biens immobiliers à rénover et le rôle majeur des communes.

Joël Fournier, chef du Service cantonal de l’énergie et des forces hydrauliques, a présenté le chemin à parcourir pour que les objectifs cantonaux soient atteints, et il ne se fera pas sans compromis. Pour 2035, malgré les progrès déjà faits, la population valaisanne doit encore baisser sa consommation d’énergie d’un tiers par rapport à l’année 2015. Pour y parvenir, il faudra améliorer l’isolation thermique de plusieurs dizaines de milliers de bâtiment, remplacer les chaudières à mazout et à gaz, ainsi que les chauffages électriques par des pompes à chaleur et des raccordements à des chauffages à distance. Mais, il faut aussi agir au niveau de la mobilité et remplacer environ la moitié des véhicules à essence et à diesel par des véhicules électriques. Durant toute la journée, une question n’a cessé de réapparaître dans les ateliers et discussions : est-il possible d’atteindre ces objectifs sans mesures contraignantes ?

Les biens immobiliers à rénover

Rénover coute plus cher que construire. Cette phrase, tout le monde l’a déjà entendue durant les repas de famille, avec les collègues ou au café du commerce. Les autorités cantonales et fédérales en ont parfaitement conscience. Ils proposent d’ailleurs un encouragement financier appelé « Programme Bâtiment » qui peut représenter jusqu’à 35% des investissements nécessaires à la rénovation, c’est-à-dire principalement une meilleure isolation des bâtiments et le remplacement des chauffages fossiles et électriques par une installation à énergie renouvelable telle une pompe à chaleur, un chauffage au bois/pellets ou le raccordement à un chauffage à distance renouvelable. Depuis 2010 et l’entrée en vigueur du programme, plus d’1,5 milliard de francs de subventions ont déjà été versées en Suisse. En Valais, 5000 biens immobiliers ont été rénovés en 8 ans, soit moins de 10% de tous les bâtiments qui nécessitent une rénovation. A cette vitesse, les objectifs de la Stratégie énergétique seront atteints en… 2100 ! A travers un atelier organisé par Guy Jacquemet, du Service cantonal de l’énergie et des forces hydrauliques, et co-animé par Frédéric Revaz, professeur à la HES-SO Valais-Wallis et Gregorio Bonadio, président de la SIA Valais, les participants, répartis en 5 groupes de travail, ont échangés et débattus durant deux heures afin d’identifier plusieurs mesures concrètes qui permettraient d’atteindre les objectifs fixés. « Nous avons constaté une très forte demande pour la création d’une structure qui permette d’une part de guider et de mieux informer le public sur les meilleures solutions de rénovation et, d’autre part, de bien les accompagner dans les étapes de celle-ci. Le public avoue être souvent perdu face à toutes les offres proposées et dans les démarches à entreprendre » affirme Guy Jacquemet. Plusieurs autres mesures contraignantes ont également été proposées pour accélérer la vitesse de rénovation du parc immobilier ou pour démocratiser l’utilisation des technologies renouvelables. Citons notamment l’obligation de réaliser un CECB- Plus (Certificat Energétique Cantonal des Bâtiments, accompagné d’un rapport d’audit énergétique) pour tous les vieux bâtiments de plus de 20 ans ou pour ceux de plus de 800 m2, mieux rétribuer la production d’électricité photovoltaïque ou, en cas de rénovation de bâtiments, l’obligation d’atteindre une classe énergétique à définir.

Le rôle des communes

Les communes ont un rôle central dans cette transition. Elles disposent des compétences décisionnelles nécessaires en matière d’aménagement du territoire, de police des constructions et d’approvisionnement en énergie. De par leur participation dans les sociétés de distribution d’énergie, elles peuvent influer sur les stratégies de ces entreprises. De plus, elles ont un contact direct avec la population. Joël Fournier rajoute encore que « 38 communes ont été labellisées ‘Cité de l’énergie’ et 63% de la population valaisanne y réside. Il n’est donc pas utopique d’y proposer des mesures progressistes » espère-t-il.

Dans l’atelier qu’il a organisé et co-animé avec Joëlle Mastelic et Serge Imboden, tous deux professeurs à la HES-SO Valais Wallis, ainsi que Martine Plomb, cheffe de projet à l’Antenne Région Valais romand et Fabien Küchler, ingénieur en énergie, les participants ont plébiscité la mise à disposition par le canton d’un cockpit d’indicateurs permettant aux communes de se situer sur le chemin de la transition énergétique et de communiquer auprès des habitants. Un plan directeur des énergies est également reconnu comme indispensable. Enfin, l’accompagnement par de la sensibilisation et du conseil doit être renforcé, aussi bien dans les écoles qu’auprès des habitants.

Le problème du financement

« Lorsque nous avons lancé le Groupe IT, 2500 personnes ont répondu à l’appel afin que la HES-SO gère le suivi de l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit de leur maison. Avant l’envoi des devis, il y en avait encore la moitié. Au final, seulement 400 ont été jusqu’au bout de la démarche. L’argument principal que nous entendions à mesure que les désistements se succédaient concernaient le financement. La plupart des foyers n’avaient tout simplement pas les moyens d’investir autant » raconte Stéphane Genoud, organisateur de l’évènement et spécialiste des modèles économiques de la transition énergétique. Les banques ont donc un rôle primordial à jouer.

Ce dernier atelier était mené par Michel Rosselat Associé directeur chez Gefiswiss, Stéphane Genoud et César Pidoux, directeur adjoint et responsable Business Development chez Gefiswiss, sous l’œil avisé de Pascal Hänggi, Adjoint au service de l’énergie et des forces hydrauliques. Les idées principales qui ont été proposées concernaient la confiance des organismes financiers. Les banques aimeraient pouvoir s’appuyer sur un outil - ou un label – qui les informe et les rassure sur la rentabilité d’une installation. Ont également été mentionné l’intérêt pour la création d’un organisme de cautionnement cantonal, la possibilité de procéder à des paiements en leasing ou se tourner vers le crowdfunding. La mise en place de communautés de voisins directs serait également une idée pour diviser les frais d’investissement, tout comme les revenus que l’installation pourrait générer. Les banques ont aussi besoin de vision et donc de pouvoir évalué le « marché » de la transition énergétique. Des discussions avec M. Nicole Zimmermann, cheffe de la section Bâtiments, ont été engagée pour réaliser, avec l’OFEN, une étude de marché permettant aux institutions financières de saisir des opportunités financières dans un secteur en pleine mutation.

En fin de journée, les mesures proposées durant les différents ateliers ont été présentées devant près de 200 participants, tous réunis dans l’aula de la HES-SO Valais-Wallis à Sierre. Des représentants du groupe « Jeunes Climat Valais » ont notamment pris la parole, tout comme le Conseiller d’Etat Roberto Schmidt. S’il reconnaît la pertinence et l’intérêt de nombreuses propositions présentées durant l’Energy Forum, il est bien conscient des difficultés liées à la mise en place de mesures contraignantes. « Il faudra recourir à ce type de mesures, c’est évident, mais pour qu’elles aient une chance d’être acceptées, il faut que les communes et la population se sentent concernées. Si elles ont l’impression qu’il s’agit de mesures développées sans leur participation, elles ne joueront jamais le jeu » assure-t-il.