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15-10-2020

Un chercheur de la HEG coécrit un article publié dans Nature Energy

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Valentino Piana
Valentino Piana

La façon dont notre esprit planifie l’utilisation des ressources a été analysée par des psychologues de l’Université de Genève et l’économiste Valentino Piana de l’Institut Energie et Environnement de la HES-SO Valais-Wallis. Ils ont découvert que, nos décisions étant parfois irrationnelles, notre comptabilité mentale impacte le développement durable. Avec cette étude publiée ce mardi dans la très influente revue Nature Energy, les auteurs espèrent ainsi lutter contre la surconsommation d’énergie et les émissions de CO2.

 

La comptabilité mentale est le processus par lequel les personnes organisent leur utilisation des ressources. En matière d’argent par exemple, l’être humain a tendance à classer ses dépenses par compartiment. Dans chaque tiroir, la consommation d’un bien est directement liée au paiement de ce même bien. Les psychologues Tobias Brosch et Ulf Hahnel de l’Université de Genève et l’économiste Valentino Piana attaché à l’Institut Informatique de Gestion et à l'Institut Energie et Environnement de la HES-SO Valais-Wallis ont découvert que ce mécanisme peut être contre-productif en matière de consommation d’énergie. C’est la première fois qu’un lien est établi entre la comptabilité mentale et la durabilité de notre consommation énergétique. L’étude propose des pistes concrètes en lien avec plusieurs de nos comportements et invite tous les chercheurs dans le domaine de l’énergie à prendre en compte la rationalité limitée des agents, ici les individus. Ce message sera amplifié par le rôle central que Nature Energy joue dans la communauté scientifique (Impact Factor: 54).

L’une des pistes concerne l’effet de rebond. Une personne qui fait l’acquisition d’une voiture à faible consommation d’énergie aura tendance à penser qu’elle peut l’utiliser plus souvent. Les auteurs de l’étude proposent donc, dans ce cas-ci, de renseigner les personnes sur les coûts énergétiques réels de leur nouvelle voiture, afin de générer une mise à jour de leur budget de consommation.

Ces mesures sont destinées également à la sphère des interventions politiques, afin que les initiatives pro-climatiques soient pensées en prenant en compte des comportements humains réalistes.​

 

Interview de Valentino Piana

Quel rôle avez-vous joué dans cette collaboration avec les psychologues de l’université de Genève ?

Notre collaboration est née au sein du SCCER CREST, un réseau national qui a apporté des innovations majeures, aussi bien conceptuelles qu’empiriques, sur les questions de l’énergie en Suisse.

Dans cette étude, j’ai utilisé les observations de mes collègues psychologues pour proposer des pistes de réflexion pour une politique de réduction des émissions de CO2. Afin de compléter le travail de mes collègues, j'ai contribué à l'instauration de liens entre la psychologie et l'économie comportementaliste.

Pourquoi ce papier est-il important?

Notre étude indique à toute la communauté des chercheurs spécialisés dans l’énergie à bien prendre en compte les déviations de l’hyper-rationalité néo-classique. Pour être clair, le modèle dominant de l’économie est le modèle néo-classique, basé sur une conception hyper-rationaliste de l’homme, aussi appelé « Homo oeconomicus ». La comptabilité mentale, qui est au centre de notre étude, affirme qu’il y a des catégories non-communicantes entre certains coûts et revenus. Concrètement, si une personne économie de l’argent dans ses déplacements en voiture, elle aura tendance à ré-utiliser cet argent dans des dépenses liées à sa mobilité.

Les gens sont plus complexes - mais leur processus de décision paradoxalement plus simple - que voudrait la théorie traditionnelle. Nous avons donc comparé les deux types de rationalité dans notre étude, l’hyper-rationalité et une rationalité plus limitée.

L’étude que vous avez réalisée aura-t-elle une suite ?

Oui, nous avons appliqué cette intégration des deux types de rationalités dans une suite de modèles concernant la mobilité en Suisse, avec des projections quantitatives qui vont bientôt être diffusées. De plus, la HES-SO Valais-Wallis va bientôt diriger un nouveau projet dans ce même domaine d’étude.

Quelles sont les implications politiques d’un tel papier ?

Il est important que le monde politique s’adresse à la population avec des arguments de cœur et de raison, car les gens simplifient le message et segmentent leur budget en utilisant leur propre comptabilité mentale.

 

 

Hahnel Ulf, Chatelain Gilles, Beatrice Conte, Valentino Piana and Brosch Tobias, Mental accounting mechanisms in energy decision-making and behaviour, Nature Energy, (2020). DOI: 10.1038/s41560-020-00704-6

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